15 juillet 2026

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Afrique: comment bâtir une autonomie pharmaceutique face aux dépendances critiques

Depuis des décennies, la plupart des pays africains s’appuient sur des importations massives pour répondre aux besoins en médicaments de leurs populations. Pourtant, cette dépendance chronique menace désormais la santé de millions de personnes.

une dépendance sanitaire et économique insoutenable

À l’échelle du continent, moins de cinq nations possèdent des unités de production capables d’exporter au-delà de leur région. Cette réalité se traduit par des chiffres alarmants : l’Afrique importe encore 94 % de ses médicaments, pour un coût annuel estimé à plus de 18 milliards de dollars, un montant qui pourrait atteindre 30 milliards d’ici 2030 selon les projections (IFC, 2022).

Derrière ces données se cache une vulnérabilité structurelle. Plus de 70 % des centres de santé publics africains subissent au moins une rupture de stock critique chaque trimestre (OMS, 2023). Comment accepter que la santé de 1,4 milliard d’Africains repose sur des décisions industrielles, logistiques et géopolitiques échappant totalement au contrôle du continent ?

Les conséquences sont dramatiques : multiplication des maladies mal soignées, flambée des prix des traitements en période de crise, et paralysie des programmes de santé publique faute d’accès aux médicaments essentiels. Les exemples sont nombreux : pénuries d’amoxicilline, d’insuline, d’anesthésiques, ou encore l’indisponibilité chronique des anticancéreux et des thérapies innovantes. La pandémie de Covid-19 a encore exacerbé ces failles, révélant l’urgence d’agir.

les atouts d’un continent à même de produire ses propres soins

Malgré ces défis, l’Afrique dispose de nombreux atouts pour inverser la tendance et construire une autonomie pharmaceutique durable :

  • Un marché en pleine expansion : le secteur pharmaceutique africain pourrait dépasser les 70 milliards de dollars d’ici 2030 (McKinsey, 2022) ;

  • Une biodiversité exceptionnelle : plus de 5 400 plantes médicinales recensées, dont certaines déjà intégrées dans des protocoles thérapeutiques officiels (Union africaine) ;

  • Une dynamique réglementaire en marche : la création de l’Agence africaine du médicament (AMA), ratifiée par 27 pays, marque une étape clé dans l’harmonisation des normes ;

  • Une volonté politique affirmée : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal et l’Afrique du Sud ont lancé des programmes ambitieux de production locale.

construire une industrie pharmaceutique africaine : une stratégie réaliste et indispensable

Le piège dans lequel tombent de nombreux pays africains consiste à vouloir reproduire, sans adaptation, le modèle des géants pharmaceutiques internationaux. Une telle approche néglige les fondements essentiels à une industrie durable : maîtrise de la chaîne de valeur, développement des compétences locales, et maîtrise des actifs industriels.

Des années d’investissements dans des équipements importés, sans accompagnement des savoir-faire techniques et humains, ont conduit à une production locale souvent plus coûteuse que les importations. Résultat : une dépendance persistante aux matières premières, aux technologies et aux expertises étrangères, condamnant à l’échec toute ambition de souveraineté sanitaire.

Pourtant, une voie existe. Elle repose sur une industrialisation pharmaceutique ancrée dans les besoins endogènes du continent, tirant parti de ses forces intrinsèques : un marché porteur, une biodiversité médicinale riche, une dynamique réglementaire en progression, et une volonté politique sans faille. L’objectif est clair : reconquérir la souveraineté sanitaire de l’Afrique d’ici 2045.

Cette ambition ne peut se concrétiser sans une vision stratégique, des moyens adaptés et une détermination sans faille. Produire localement pour soigner localement, puis étendre cette expertise au reste du monde. L’enjeu dépasse la simple production de médicaments : il s’agit de redéfinir l’avenir sanitaire et industriel du continent.

Dr Arnaud Kaboré

Pharmacien et ingénieur, cadre dirigeant dans le secteur de la santé

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