30 mai 2026

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Affaire de corruption au Niger : le consul d’Espagne évincé après un trafic de visas Schengen

Un scandale diplomatique ébranle Niamey

Le gouvernement espagnol a pris une mesure radicale en limogeant son consul au Niger. Cette décision, intervenue dans l’ombre, fait suite à l’éclatement d’un réseau de trafic de visas Schengen, où chaque document se monnayait à plus de 2,5 millions de FCFA. Dans ce contexte, la junte nigérienne se retrouve face à une affaire de corruption d’État touchant directement le cercle proche du général Mohamed Toumba, numéro trois du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Le silence du président Abdourahamane Tiani, pourtant garant des promesses de moralisation du pouvoir, interroge sur la réalité des réformes promises.

Un trafic de visas révélateur de dérives profondes

L’éviction du diplomate espagnol n’est pas anodine. Madrid a choisi de sanctionner un membre de son personnel impliqué, directement ou indirectement, dans l’obtention frauduleuse de visas Schengen. Bien que la diplomatie espagnole évite généralement de commenter ses décisions, les services de sécurité nigériens confirment le lien entre cette révocation et l’affaire des visas qui secoue Niamey depuis des semaines. Ce scandale révèle l’ampleur d’une filière criminelle disposant de relais au sein même des représentations européennes.

L’ombre du pouvoir derrière le trafic

Les investigations menées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) ont mis au jour une organisation bien plus structurée qu’un simple réseau de passeurs. Cette entreprise illicite, extrêmement lucrative, était pilotée depuis les plus hauts niveaux de l’État nigérien. Le cœur de l’enquête pointe vers l’épouse du général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur et troisième personnage du CNSP. Grâce à l’influence de son mari, elle aurait instauré un système où chaque visa ou titre de séjour s’obtenait contre une somme exorbitante de 2,5 millions de francs CFA (environ 3 800 euros). Une tarification inaccessible pour la majorité des Nigériens, mais réservée à une clientèle aisée, transformant ainsi les privilèges diplomatiques en une source de revenus illicites pour l’élite militaire.

La DGDSE contre-attaque, fragilisant un ministre clé

Le démantèlement de ce réseau est le résultat des efforts du lieutenant-colonel Souleymane Balla Arabé, chef du contre-espionnage nigérien. En interceptant des communications et en recueillant des preuves tangibles, la DGDSE a infligé un coup dur à l’unité fragile du CNSP. Cette offensive fragilise davantage le général Toumba, dont la légitimité est désormais remise en cause au sein même de la junte, alors qu’il incarne pourtant l’ordre et la rigueur. Pour un ministre de l’Intérieur, être associé à une affaire de criminalité transfrontalière équivaut à une perte de crédibilité majeure auprès des autres membres du régime et de l’armée.

Tiani face à son impuissance politique

Alors que l’affaire prend une dimension internationale avec la révocation du consul espagnol, le général Abdourahamane Tiani reste muet. Aucune déclaration officielle, aucune mesure disciplinaire n’a été prononcée à l’encontre du général Toumba ou de son entourage. Ce mutisme est interprété par de nombreux observateurs comme un calcul politique, voire une complicité passive. Pourtant, lors du coup d’État du 26 juillet 2023, la junte avait promis une refonte totale des institutions et une lutte sans merci contre l’impunité. En refusant d’agir contre l’un de ses plus proches collaborateurs, le chef de l’État semble privilégier la stabilité interne du régime au détriment des engagements pris devant le peuple nigérien.

Un régime à l’épreuve de ses contradictions

L’affaire des visas consulaire espagnol illustre le paradoxe d’une junte qui se présente comme une force de rupture avec l’Occident tout en profitant de ses opportunités, notamment l’accès à l’espace Schengen. La décision de Madrid de limoger son représentant à Niamey montre que la lutte contre la corruption ne se limite pas aux frontières. Reste à savoir si le général Tiani aura la volonté politique de sanctionner les responsables nigériens impliqués dans ce trafic, ou si la préservation des équilibres internes l’emportera une fois de plus sur les promesses de transparence faites aux citoyens.

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