Absence prolongée de Paul Biya : silence officiel et réactions contrastées au Cameroun
absence prolongée de Paul Biya : silence officiel et réactions contrastées au Cameroun

Deux mois d’absence depuis son retour d’Europe, après un huitième mandat remporté en octobre dernier : une situation inédite pour le président Paul Biya, qui alimente les spéculations dans les rangs de l’opposition comme parmi la population.
Pour Benoit Ndong Soumeth, ministre chargé de mission à la Présidence, cette absence ne relève d’aucune urgence ni d’un manque de transparence. « Le Cameroun n’est ni en situation d’exception ni en crise », déclare-t-il. Selon lui, les Camerounais peuvent se fier aux assurances données par le ministre directeur du Cabinet civil : « Toute est sous contrôle. Le président va bien ».
Une position contestée par Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint numéro un du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto. Pour cet opposant, le mutisme autour du séjour présidentiel en Europe constitue un véritable déni de démocratie. « Les Camerounais ont le droit de savoir où se trouve leur président et dans quel état de santé il se trouve », affirme-t-il. Il dénonce une manœuvre visant à « fausser le jeu démocratique » en maintenant l’ambiguïté sur la situation réelle.
« Le peuple camerounais mérite des réponses claires »
Le secrétaire national à la communication par intérim du MRC insiste : « Si le président rencontre des difficultés de santé, le peuple doit en être informé. Il n’est pas acceptable de jouer avec la confiance des citoyens ». Pour lui, cette absence prolongée, après une élection controversée, nourrit un climat de défiance déjà marqué par les tensions post-électorales.
Cabral Libii, troisième à la dernière présidentielle, adopte un ton plus radical. Pour lui, l’absence de Paul Biya n’est qu’un détail dans un système qu’il juge déjà dysfonctionnel. « Qu’il soit au Cameroun ou en Europe, le problème reste le même : un vide juridique qui rend toute transition incertaine », explique-t-il. L’opposant appelle les Camerounais à se mobiliser massivement pour les prochaines élections locales et législatives, prévues en 2027, afin de « mettre fin à ce régime ».
Certains observateurs estiment que cette crise pourrait accélérer une recomposition politique, notamment au sein de la majorité présidentielle. Une hypothèse que certains députés de l’opposition, comme ceux du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), envisagent sérieusement : « Une alternance électorale pourrait permettre de réformer les textes encadrant les séjours à l’étranger du président », confie un député sous couvert d’anonymat.