Abidjan et les minéraux critiques : l’Afrique veut exploiter son trésor de 29 500 milliards de dollars
Abidjan a accueilli une conférence ministérielle d’envergure, réunissant les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires internationaux. L’objectif ? Transformer ces ressources stratégiques en levier de croissance économique, industrielle et sociale. Au programme : renforcement de la valeur locale, mobilisation de financements innovants et développement de chaînes de valeur régionales.
Cette rencontre, organisée à Abidjan, a rassemblé les ministres africains des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et de l’Économie verte, aux côtés d’experts de l’Union africaine, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ainsi que des représentants de banques régionales et d’investisseurs internationaux.
Abidjan, capitale d’un nouveau pacte minier continental
Les discussions ont porté sur un enjeu majeur : permettre à l’Afrique de tirer pleinement profit de ses immenses réserves de minéraux critiques. Ces ressources, essentielles pour la transition énergétique mondiale, doivent désormais servir un développement durable et inclusif pour les populations africaines.
Un appel à une refonte complète de la gestion des ressources naturelles
À l’ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme radical.
« Cette conférence vise à établir un nouveau partenariat avec l’Afrique, afin qu’elle maîtrise mieux ses ressources et en fasse bénéficier directement ses citoyens », a-t-il déclaré. Parmi ses priorités : la transformation locale des matières premières pour générer une valeur ajoutée maximale sur le continent, ainsi qu’une réforme urgente du financement du développement.
« L’Afrique compte plus de 100 institutions de financement du développement, mais leur impact combiné ne représente que 1 % du bilan mondial. Il est impératif de les consolider et de les recapitaliser », a-t-il ajouté.
Pour lui, le développement d’infrastructures robustes et la création d’industries locales sont les piliers d’une exploitation minière plus rentable et équitable.
La Côte d’Ivoire mise sur ses richesses souterraines
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a souligné l’importance d’une solidarité renforcée entre les pays africains.
« Chaque nation doit collaborer pour construire des chaînes de valeur régionales, car les défis et les opportunités ne sont pas uniformes. Transformer ces ressources en prospérité partagée est notre priorité absolue. »
Il a également révélé que près des trois quarts du territoire ivoirien abritent des minéraux critiques, un atout clé pour atteindre l’objectif du président Alassane Ouattara : faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.
Pour y parvenir, Abidjan a élaboré un plan ambitieux couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % financés par le secteur privé.
Un potentiel minier colossal face à une demande mondiale exponentielle
L’Afrique détient 30 % des réserves mondiales des minéraux stratégiques pour la transition énergétique, comme le cobalt, le lithium, le graphite ou encore les terres rares. La valeur totale de ces ressources dépasse les 29 500 milliards de dollars, soit près de 20 % des réserves mondiales. Pourtant, environ 8 600 milliards de dollars de ces richesses restent inexploités.
Dans le même temps, la demande mondiale devrait exploser d’ici 2040 : les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de 1 000 %, ceux en lithium de 842 % et ceux en cuivre de 88 % par rapport à 2023.
Une opportunité historique à saisir sans délai
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. La filière des véhicules électriques et des batteries pourrait atteindre 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, contre 7 000 milliards en 2030.
Face à cette opportunité sans précédent, les dirigeants africains présents à Abidjan ont décidé de rompre avec le modèle traditionnel d’exportation brute des matières premières. Leur ambition ? Faire des minéraux critiques un moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de développement durable pour tout le continent.